Une équipe de rêve

Réalisé par Mike Brett et Steve Jamison. Avec Nicky Salapu, Thomas Rongen, Jaiyah Saelua, Larry Mana’o, Rawlston Masaniai, Charles Uhrle. Royaume-Uni. 97 minutes. Sortie française le 10 Juin 2015.

Il ne s’agit pas de football, il ne s’agit pas de s’impatienter à voir un but, ni d’attendre pour voir les trois premiers points d’une victoire. Le film se concentre sur les coulisses du football, comment les joueurs gèrent leur mentalité. Les émotions développées dans ce film peuvent s’appliquer partout. Parce qu’ils déterminent comment réagir suite à une humiliation. Brett et Jamison ont eu la bonne idée d’utiliser le football. Sport international et regardé en masse, il rassemble les hommes et provoque un engagement physique certain. C’est l’effort qui devient primordial dans le propos. C’est la façon de ne jamais baisser les bras.

A travers la « pire équipe » de football au monde, le film traite de foi et de hargne. La foi s’incarne évidemment dans la persévérance. Les plans courts au montage, et les différents angles de vue, permettent de saisir l’évolution d’un état d’esprit. Se battre, encore et toujours, peut importe les conséquences physiques et morales. La passion pour le sport est aussi l’un des arguments de la foi. Notamment avec le gardien Nicky Salapu, qui revient toujours des USA pour jouer. Son amour du football et celui pour son pays d’origine ont toujours raison. Certaines répétitions dans le film ne sont pas un inconvénient. Car ils révèlent l’apprentissage volontaire et progressif des joueurs. La foi est également présente par l’invocation d’un Dieu. La croyance en une divinité renforce le mental et offre un sentiment d’apaisement.

A côté de cette foi, les joueurs ont beaucoup de hargne à montrer. Ils ont tous un objectif en étant sur le terrain. Non pas celui de gagner à tout prix. Mais chacun en a un personnel. Par le biais de leur passion pour le football, ils pourront chasser les fardeaux du passé, se faire accepter sur son genre, etc. Le travail sur la persévérance et la hargne vient avec une préparation intense. Le découpage, et son montage, mettent l’accent sur les efforts physiques. Les exercices montrent la difficulté de l’objectif, et l’intensité avec laquelle leur quotidien est composé.

Ces joueurs sont filmés avec respect et grand intérêt. Ce qui fait la force du collectif dans ce film, c’est le temps accordé (par le montage) à certains d’entre eux. Des figures spéciales et qui jouent un rôle important dans l’équipe. Mais surtout, ils incarnent de grandes figures de cinéma. Leurs histoires personnelles sont toujours au profit de l’objectif général. Et ce but ne sera accompli que par l’évolution et la résolution des détails personnels. En cela, le film cadre le collectif en donnant une identité individuelle à chacune des personnes intervenant.

Mais le documentaire n’échappera pas à un côté larmoyant et mélodramatique. Même si quelques touches d’humours apparaissent de temps à autres. Il s’agit de créer un suspense formaté sur un objectif général. Son approche est intéressante, mais sa narration est décevante. Bien que les individualités forment le collectif, le film ne parvient pas à se démarquer des bouleversements conventionnels. Le rythme suit un schéma académique du suspense. Quand une occasion se présente, c’est l’échec. La réussite ne viendra qu’à la fin, quand les plans courts vont davantage se succéder pour créer une tension plus forte. Pour créer une attente plus insoutenable.

Cette part de déception peut se trouver dans l’usage des ralentis. Le titre français du film en ajoute une couche. Dans la forme, le film est déjà assez conventionnel et s’appuyant sur son côté mélodramatique. Se découpant et se montant au rythme du suspense larmoyant, ce documentaire ne décolle réellement jamais. Les ralentis en sont une grande preuve : avec une utilisation trop récurrente, le film pose un regard sur l’éloge et l’héroisme faciles. Evidemment que la foi et la hargne des joueurs force le respect : le fond du film est sain et beau. Mais la forme ne parvient pas à retirer la facilité tragique.

4 / 5