Gaza mon amour, de Arab Nasser & Tarzan Nasser

Gaza mon amour, de Arab Nasser & Tarzan Nasser

Quatre ans après DÉGRADÉ (2016), les frères Nasser reviennent avec une nouvelle comédie dramatique. Là où leur premier long-métrage était un éventail de portraits sociaux, ils se concentrent dans GAZA MON AMOUR sur un seul protagoniste, tout en gardant cet esprit d’un portrait solaire mais complexe. C’est également l’occasion de revoir l’actrice Hiam Abbass, qui jouait déjà dans leur premier long-métrage, toujours emprunte d’un peu d’amertume, mais avec la délicatesse de la rencontre. En effet, son personnage Siham rencontre le protagoniste Issa, un pêcheur de soixante ans qui est amoureux d’elle mais a du mal à lui avouer concrètement. La relation entre les personnages évolue par bribes, construite selon des moments dispersés dans le temps. Sauf que cette histoire intime va être rattrapée par la découverte d’une statue antique par Issa, qu’il faut cacher des autorités locales. Il y a quelque chose du néoréalisme italien dans ce film. GAZA MON AMOUR est avant tout une chronique du quotidien, qui accompagne Issa et Siham dans leurs aventures de la vie intime entre vie privée et profession. Telle une promenade dans une partie de la vie des personnages, lorsque ceux-ci se rapprochent affectueusement. Autour de cela, les frères Nasser explorent une ambiance générale, autrement dit une peinture de la vie à Gaza.

A l’intérieur de cette peinture et à travers le quotidien des protagonistes, il s’agit de poser un regard sur la condition sociale de la vie à Gaza. C’est une approche qui se retrouve dans le néoréalisme italien, où le temps compte davantage que l’action. La question du temps, dans lequel les personnages construisent leurs intérêts et naviguent entre toutes leurs préoccupations, est plus au cœur des films que trouver un enjeu dramaturgique concret (une action à réaliser). C’est exactement ce qui se déroule dans GAZA MON AMOUR, où Issa va et vient entre son bateau de pêche, son domicile et les lieux où il peut retrouver Siham. Tout comme Siham va et vient entre son lieu de vie et son lieu de travail. Grâce à cela, la relation qu’ils entretiennent se déploie sur le temps, et non comme un objectif absolu du récit. Dans ce rapprochement avec le néoréalisme italien, on y retrouve également un énorme travail sur les couleurs. Il y a une approche qui peut faire penser à un documentaire, mais il y a surtout un faux naturalisme qui accentue les couleurs des décors, pour créer une ambiance aussi irréelle qu’absurde.

Ce geste n’est pas innocent dès lors que les frères Nasser choisissent de sortir, par moments, du cadre intime pour s’aventurer dans un espace politique. Avec l’intrigue absurde de la statue antique, ils développement toute une imagerie et une mise en scène où l’espace politique vient déborder sur l’espace intime, surtout sous une forme d’oppression. Avec l’accentuation des couleurs, GAZA MON AMOUR fait la peinture d’un cadre intime qui est loin de l’idéal mais qui arrive à se suffire, un cadre intime où la pauvreté et l’oppression constante permettent d’avoir des personnages hauts en couleurs. Avec un réel aussi pauvre, c’est leurs désirs et leur imaginaire, aussi rocambolesque et absurde soit-il, qui se développe. Grâce à cela, les cinéastes mettent en image leur amour pour cet espace qui leur est cher. Malgré la misère qui règne dans cette peinture de la vie à Gaza, le film est une fable où la fiction permet l’épanouissement intime des personnages. Intégrer de la poésie visuelle, en se rapprochant du réalisme, permet de découvrir des personnages profondément humains.

Le mot d’ordre de GAZA MON AMOUR pourrait être la chaleur et la tendresse, tant les frères Nasser ne font preuve que d’amour pour leurs protagonistes, avec une mise en scène toujours à hauteur humaine. Même si l’humour de la dimension absurde est davantage axé sur la narration, et moins sur des attitudes, il y a toujours cette envie de prendre le temps de regarder et d’écouter les personnages. Surtout qu’il est impossible de considérer l’au-delà / l’horizon. En intégrant habilement la restriction de ne pas franchir la limite des 5 kilomètres en mer, l’appartenance à cet espace de misère devient inévitable. Ainsi, la fatalité de cette vie provoque le regard chaleureux et tendre de la mise en scène, où chaque geste affectif et absurde n’est autre qu’un précieux résidu de l’humanité. La légèreté du ton n’est alors pas innocente, parce qu’elle est le fondement de l’étude des personnages et de l’exploration de cet espace plein de misère. Un film tendre qui paraît inoffensif, mais qui raconte beaucoup de la vie oppressive à Gaza par le prisme de l’intime du quotidien.


GAZA MON AMOUR ; Dirigé par Arab Nasser & Tarzan Nasser ; Écrit par Arab Nasser, Tarzan Nasser & Fadette Drouard ; Avec Salim Daw, Hiam Abbass, Maisa Abd Elhadi, George Iskandar, Hitham Al Omari, Manal Awad ; France / Allemagne / Portugal / Palestine / Qatar ; 1h27 ; Distribué par Dulac Distribution ; Sortie le 6 Octobre 2021