L’indomptée

Pour ceux qui verront le film, il ne serait pas étonnant que vous pensiez à Yann Gonzalez (le réalisateur des RENCONTRES D’APRES MINUIT, 2013) puisqu’il est le meilleur ami de la réalisatrice, Caroline Deruas. On verra ensuite en quoi les deux styles sont liés, se répondent, mais surtout se complètent. Avant d’en venir à cela, il faut mentionner que le film a la capacité d’explorer quelques genres différents : que ce soit le mélodrame / la romance, la tragédie inspirée des meilleures satires sociales italiennes, puis le film de fantôme. Le premier long-métrage de Caroline Deruas navigue entre ces trois genres pour s’insérer dans des univers distincts : le réel et l’imaginaire, tout en alliant passé et présent.

Les couleurs de la photographie y sont pour beaucoup. Rien que les fondus au rouge sont à la fois des signes de tendresse / d’amour, que de violence. Personne ne semble pouvoir sortir de cette villa comme ils y sont entrés, indemnes. De nombreux plans contemplatifs offrent au spectateur un regard sur le somptueux décor de la villa Médicis. A l’instar du film de Yann Gonzalez, les couleurs sont la traduction visuelle d’une sensorialité : dans chacun des deux films, la couleur joue une place importante qui permet de définir une ambiance et les attitudes des personnages. La poésie traverse tout le film, tout en se balançant entre la rêverie (on pourrait dire l’extase visuelle) et la souffrance (on pourrait dire l’accablement, l’oppression).

L’esthétique se plaît à compléter ces intentions, notamment dans ses rivalités et ses tensions exprimées en champ / contre-champ. Mais surtout, le film est telle une fièvre qui augmente, présentant tranquillement ses personnages un à un, pour ensuite varier selon l’univers et le genre exploré à tel moment. Le mélodrame est surtout des plans fixes s’exprimant comme des photographies qui captent le corps. La tragédie sociale s’exprime par de nombreux cuts, et par des plans moins resserrés qui captent une sorte de sauvagerie et de cruauté qui a le bon sens de ne jamais côtoyer l’extrême. Puis, il y a ces fantômes, filmés en plans très courts et larges, tel le bref souvenir d’un rêve lorsqu’on se réveille le matin, une sensation volatile et furtive.

Tout ceci se succède si subtilement, pour qu’au montage chaque espace de la villa (aussi bien intérieur qu’extérieur) puisse se confondre et se répondre entre eux. La villa est d’abord un lieu d’une beauté magistrale, pour ensuite s’alterner avec un endroit labyrinthique qui dévore l’énergie des personnages. Comme le huis-clos des RENCONTRES D’APRES MINUIT de Yann Gonzalez, le huis-clos de L’INDOMPTÉE est à la fois un voyage dans le rêve (un an de travail passionné financé au sein d’un décor de rêve) puis un piège qui consume les attitudes et les transforment en brutalité de l’obsession.

Le montage arrive très bien à alterner les points de vue pour toujours revenir dans le même soucis : la villa est un huis-clos où le mouvement s’apparente davantage à une errance, et donc à une ouverture obligée vers la solitude. Parce que les personnages sont eux-mêmes enfermés dans une étiquette, ils se fabriquent une bulle qui ensuite se cogne contre chaque mur capté par l’esthétique. Le montage a cette force là : réussir à percer la mélancolie des personnages en leur présentant constamment le renfermement sur soi. Alors que les murs sont filmés comme des barrières, l’esthétique dévoile les indicibles frontières entre réel et imaginaire, où les personnages se confondent.

L’INDOMPTÉE de Caroline Deruas.
Avec Clotilde Hesme, Jenna Thiam, Tcheky Karyo, Filippo Timi, Marilyne Canto.
France / 98 minutes / 2017

3.5 / 5
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