Écrit et Réalisé par Olivier Ducray. Documentaire Français. 85 minutes. Sortie française le 04 Mars 2015.
Au générique de fin, le réalisateur dédit son film aux personnages âgées ayant besoin d’aide, ainsi qu’à leurs assistants de vie. Avec son dispositif documentariste, le film capte le réel parmi dans ses plans. Ce qui ressort en priorité de ces plans, c’est de l’amour et de la tendresse envers ces personnes, envers ces situations. Le discours se présente alors comme un rayon de lumière dans un quotidien compliqué, solitaire. Comme le dit l’une des personnes âgées du film, elle surnomme son assistante de vie « une étoile filante ». Le film repose entièrement sur ce concept d’illumination d’un instant de vie. En choisissant de filmer plusieurs personnes âgées dans le besoin, le réalisateur intègre comme un feu d’artifice éclatant à quelques moments de la journée. On pourra aussi parler de la bande sonore, où les musiques fonctionnent dans le doux chant d’un conte, rendant hommage à la vie dans toute sa splendeur.
La rencontre des mondes
Le film fonctionne comme une chronique bridée de la vie de plusieurs personnes. On y découvre la vie des personnes âgées à l’image, et la vie de l’assistante de vie par les mots (un hors-champ suggestif). Ce que filme Olivier Ducray, c’est comment ces personnes âgées vivent en marge de la société. Comme quelques uns le disent si bien, ils ne peuvent plus vraiment sortir de chez eux. Enfermés chez eux, et en difficulté physique, ces personnes sont contraintes à demander l’aide d’une assistante de vie. Cette personne sera alors le seul lien qu’ils ont avec le monde extérieur. On peut voir ici deux mondes qui se rencontrent, comme si ces personnes âgées ne font plus partie d’une société en pleine évolution. Pendant cette progression, ils sont condamnés à stagner dans leur logement.
Ce qui illuminera leur vie, leur quotidien, c’est bien la présence de cette assistante de vie. Au-delà du travail que cette personne doit effectuer tous les jours chez les personnes âgées, elle communique avec eux. Cet échange devient rapidement une relation amicale, une familiarisation au lien affectif fort. Le réalisateur n’hésite pas à insister sur l’humour, sur les surnoms échangés, sur les discussions à propos de tout et n’importe quoi. Olivier Ducray capte ces petits gestes et ces petits mots qui deviennent les détails importants d’un échange social. Ce sont ces petits gestes et ces petits mots qui définissent la tendresse du discours du film, si délicat dans son approche généreuse et sans complexe.
Sur le chemin de la vie
Deux mondes qui se rencontrent, certes. Mais surtout, le film n’oublie pas de caractériser les personnes âgées par d’autres détails. Le film revient souvent sur le passé des personnes filmées, en capturant des objets personnels qui constituent les logements. Par cela, Olivier Ducray crée une nostalgie de la vie passée. Le plaisir des souvenirs, la joie d’avoir rencontré l’amour, le bonheur de la descendance, etc… Ainsi, Olivier Ducray explore hors-champ la manière dont se sont construites ces personnes âgées, en la comparant avec leur vie présente. Une symétrie qui fait l’état des lieux d’une vie, où l’importance d’être chez soi est le noyau du récit.
En effet, le film se concentre sur des personnes âgées qui préfèrent se faire soigner chez elles. Olivier Ducray capte ainsi le voyage de la vie (comme définit par le poète italien Dante) qui se terminerait chez soi, là où foisonnent nos repères et nos attachements personnels. Comme si le point de départ et le point d’arrivée de notre vie peut se confondre, où le voyage de la vie est une boucle. Même si l’une des personnes âgées estime que ce voyage n’est pas aussi long qu’on ne le pense, il se révèle d’une grande beauté par les souvenirs évoqués. Les complications des personnes âgées deviennent petit à petit transparentes, pour faire progresser l’humanité qui ressort dans ce voyage de la vie. Avec sa temporalité qu’on ne distingue pas aisément, le film exprime la durée du voyage tel un torrent d’émotions et de sensations.
Une forme trop contemplative
Le grand problème du film, c’est de poser sa caméra et d’attendre. Ce n’est pas en prenant plusieurs points de vue qu’un rythme se crée. Avec la grande multitude de plans fixes de son film, Olivier Ducray y perd en rythme dans son montage. Même si la temporalité est écrasée au profit d’une chronique bridée, la caméra revient souvent dans les mêmes espaces. Ces répétitions sont très visibles car la caméra usera à chaque fois d’échelles, de focales et de points de vue identiques. Dans sa forme, le film fonctionne comme un album photos d’une école : tout est présenté de la même manière, sans soucis d’y apporter une signature formelle. Quand on se laisse emporter la tendresse de la bande originale, quand on se laisse prendre à la poésie du discours : il est dommage que la caméra ne suive pas l’idée.
On pourrait également reprocher cela aux coupures faites dans le rythme au montage. Le film est très souvent en intérieur, mais se verra par moments saisit de plans extérieurs. Les plans où l’assistante de vie circule avec sa trottinette dévoile l’idée du voyage de la vie, où le but est d’aller d’un point A à un point B. Mais à force de répéter l’idée, cela devient lassant et inutile. Seul bémol dans les plans extérieurs, c’est la bonne idée d’avoir capter la vie extérieure. Cet élan de vie qui se fait en marge des personnes âgées. En alternant parfois l’intérieur et l’extérieur, le film revient sur son idée de rencontre des deux mondes. Mais la furtivité des plans extérieurs est bien trop importante pour avoir un réel impact sur le discours. On retiendra surtout les plans où la lumière culmine, comme la grande roue ou le feu d’artifices.
3.5 / 5