Le procès de l'herboriste, de Agnieszka Holland

Le procès de l’herboriste, de Agnieszka Holland

En 2020, la cinéaste Agnieszka Holland a connu un succès critique et public avec L’OMBRE DE STALINE. Elle nous revient déjà avec un nouveau film d’époque, à mi-chemin entre la biographie et le film politique. LE PROCÈS DE L’HERBORISTE raconte l’historie de Jan Mikolasek, un herboriste et guérisseur qui a exercé avant / pendant et après la seconde guerre mondiale. Entre guerre et crises, il consacre sa vie à soigner les gens qui viennent le voir, peu importe d’où ils viennent dans l’Europe. Sauf que sa popularité grandissante ne plaît pas beaucoup aux dirigeants politiques, et sera accusé d’avoir empoisonné deux patients qui sont morts. Pour raconter le parcours de Jan Mikolasek qui l’a amené jusqu’à ce procès, la cinéaste met en place un récit en flashbacks. Tout au long du film, le montage alterne entre le passé du protagoniste et le « présent » (quand il se fait arrêter et emprisonner). En rejetant la trajectoire linéaire de sa vie, il y a ici une mise en miroir entre les événements passés et les événements présents. Une manière de connecter les obstacles dont Jan Mikolasek a dû faire face dans le passé, avec ceux qu’il rencontre juste avant le procès. Sauf qu’il s’agit en partie d’un biopic, que Agnieszka Holland s’applique juste à raconter les moments essentiels de la vie du protagoniste, mais n’en crée jamais des échos. Plutôt que de trouver des détails qui pourraient circuler entre le passé et le présent, c’est comme si le Jan Mikolasek du présent nous raconte ses souvenirs.

Malgré cette approche très académique du storytelling et de la construction des enjeux, Agnieszka Holland a toujours pris le soin de travailler la reconstitution. Le saut du film entre les différentes époques est très soigné, si bien que chaque période a sa propre esthétique – tantôt tragique pour le présent, tantôt romantique pour le passé. À travers ces nuances formelles de la reconstitution, où les décors sont un atout certain à l’impression visuelle que renvoie le film, la cinéaste y trouve la beauté humaine dans ce qui reste des sensations. LE PROCÈS DE L’HERBORISTE, au-delà du biopic sur Jan Mikolasek, peut se voir comme une recherche de la beauté chez des âmes perdues. Que ce soit lorsqu’elle filme des patients qui attendent dans la rue pour se faire soigner, ou lorsqu’elle filme son protagoniste dans une relation amoureuse, Agnieszka Holland explore ce sentiment de l’espoir où une personne peut apporter du bonheur. Elle capte la tragédie d’une solitude en plein cœur d’une Histoire très mouvementée et féroce. Cette perdition n’est autre que le miroir, plus maîtrisé, que fait Agnieszka Holland entre la complexité des sentiments et la confiance dans les remèdes de Jan Mikolasek. Même si le long-métrage est assez bancal à ce sujet, il entreprend de comprendre comment les êtres se sentent plus soulagés et rassurés par la science que par les relations humaines. À tel point que la photographie du film met énormément en valeur les flocons contenant de l’urine, telle une fascination ultime pour la science plutôt que pour les gens.

Il y a alors tout un balayage dramatique qui s’effectue, peut-être un peu trop même, qui à force de multiplier les enjeux multiplie les paysages. Rapidement, le film est aussi rigide dans son académisme narratif que fragile dans son abondance d’espaces. LE PROCÈS DE L’HERBORISTE ne manque jamais de mordant grâce au caractère du protagoniste et à la sensibilité de la reconstitution, mais n’est jamais vraiment captivant pour dévoiler une vision de ce monde oppressant. Parce que Agnieszka Holland, dans sa reconstitution, fait la peinture d’un univers ténébreux : l’obscurité et la morosité de la photographie sont une marque de fabrique pour la cinéaste qui dénonce beaucoup. Une dénonciation qui se traduit également dans la mise en scène. Même si celle-ci n’est pas toujours inspirée, il y a une notion de la lutte permanente. Il y a toujours une distance qui se crée entre les corps, comme si la solitude d’une âme perdue renforce l’idée qu’une violence est installée depuis bien longtemps. Dans sa mise en scène, Agnieszka Holland guette la souffrance des âmes perdues qui ne peuvent que subir. Un traumatisme qui survole tout le long-métrage, afin d’y trouver le caractère intemporel de la violence.


LE PROCÈS DE L’HERBORISTE (Charlatan) ; Dirigé par Agnieszka Holland ; Écrit par Marek Epstein ; Avec Ivan Trojan, Josef Trojan, Juraj Loj, Jaroslava Pokorna ; République Tchèque / Irlande / Pologne / Slovaquie ; 1h58 ; Distribué par KMBO ; Sortie le 30 Juin 2021