Métabolisme (ou Quand le soir tombe sur Bucarest)

Écrit et réalisé par Corneliu Porumboiu. Avec Diana Avramut, Bogdan Dumitrache, Mihaela Sirbu, Alexandru Papadopol. Durée 90 minutes. Origine Roumanie. Sortie française le 16 Avril 2014.

<< Au beau milieu d’un tournage Paul, le réalisateur, a une relation avec Alina, une actrice qui interprète un second rôle. Il décide de réécrire le scénario pour y ajouter une scène de nue avec elle. Pris de doutes, il choisit au final de ne pas la tourner et téléphone à sa productrice pour se plaindre d’un ulcère à l’estomac. >>

La curiosité d’aller voir ce film peut provenir de la mise en abime. Il faut croire qu’il y a toujours autant à dire sur le cinéma. Enfin, sur ses coulisses en particulier. Finalement, on remarque que le discours est toujours le même, que la vision de ces coulisses est systématiquement sombre. Porumboiu reprend plusieurs idées déjà vues, et les mets en forme dans un film qui n’a pas pour autant pas grand chose à raconter. En effet, le cinéaste roumain s’amuse à explorer deux personnages, mais sans jamais en retirer quoi que ce soit.

Il va chercher leurs désirs, qu’ils soient personnels ou professionnels. Il les exploite pour mieux en tirer une intrigue qui peut tenir la route. Son récit se base alors sur ces désirs, que les personnages cherchent à assouvir par tous les moyens. Le réalisateur se révèle donc être froid dans son récit. Le personnage masculin est plutôt sévère et rigoureux. Tandis que le personnage féminin est plutôt dans la distanciation et le non-dit. Comme s’il y avait une perversité cachée entre les deux personnages, dans leur relation si complexe.

Cette drôle de relation enlève toute beauté dans la romance. Une histoire d’amour qui manque pourtant d’un peu d’appuis. Dès le début, on découvre les personnages en couple. Et le film se termine sur une question. Fin ouverte ? Pas complètement, surtout une question de l’intrigue pas résolue. Puis, tout le reste du film tourne comme une chronique basique. Ca discute de tout et de rien. Leur connexion physique se résume à la vie de couple ordinaire.

Le cinéaste dispense son film d’une vibration, qui ferait pourtant avancer son récit. Au grand jamais son film ne décolle. La progression est trop linéaire, en cherchant toujours d’inclure les moyens de parvenir à ses désirs. La romance est déroulée tel un tapis rouge, sur lequel on mettrait quelques décorations pour avoir quelque chose à quoi s’accrocher quelques instants. Car, même avec une telle froideur dans sa mise en scène, le cinéaste n’arrive jamais à insufler un peu de cruauté.

Tout est minimal dans le film. Du coup, Porumboiu ne se laisse jamais de liberté pour changer de direction. Il s’est construit une bulle : avec la romance linéaire sous forme de chronique, les désirs assouvis de manière survolée, et la froideur qui va avec. A l’intérieur de cette bulle, tout parait prétexte à ne pas vouloir en sortir. Presque comme un film scolaire, où les théories ne sont pas dépassées, de peur de se vautrer. On peut le noter avec plusieurs détails (dans la voiture, lors des repas, le plan large dans l’appartement, etc…) : toute la mise en scène est accordée de façon à avoir un cadre minimal.

Le film n’est composé que de plans séquences. Sauf qu’on est pas chez Woody Allen, lui qui a l’excuse de ne pas aimer le montage. Ici, ce choix n’apporte rien au niveau artistique du film. Mis à part le fait de se trouver dans un portrait pictural. Comme un tableau qui dépeint des connections entre les personnages. Le film se résume à de très nombreux plans fixes. Quelques mouvements sont effectués, mais ils servent seulement à suivre les acteurs. En quelque sorte, vous ne verrez jamais les deux personnages principaux sortir du cadre, ni y entrer. Ils y resteront toujours, enfermés dans la bulle du réalisateur.

Par contre, ce système a quand même l’avantage de créer un paradoxe. Le plus grand intérêt du film, devant la belle photographie et les acteurs qui portent le film. En fermant ses personnages dans son cadre, en étant aussi froid dans son récit, puis en accomplissant que des plans séquences fixes : le réalisateur va à contre-chemin de la recherche dont il parle. Comment créer quelque chose de beau, de fusionnel, et qui nous tient pendant longtemps ? Ces questions s’appliquent aussi bien aux désirs personnels que professionnels (le cinéma mis en abime). Mais Porumboiu ne cherche pas à y répondre dans ses procédés artistiques sur le film. Comme un cycle sans fin pour nos désirs, ne restant que rivaux de la réalité.

2.5 / 5
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