Punishment Park

 » La guerre du Viêt Nam s’enlise. Face à la contestation du mouvement pacifiste, le président Nixon décrète l’état d’urgence. Militants des droits civiques, féministes, objecteurs de conscience, communistes, anarchistes sont arrêtés et conduits devant un tribunal exceptionnel populaire. Ils sont condamnés à de lourdes peines pour atteinte à la sûreté de l’État. Cependant, ils ont le choix d’échanger leur peine contre un séjour à Punishment Park.  »

On connaît le cinéma britannique pour sa forte portée sociale. Ce film en est l’une des plus grandes œuvres. Le film de Peter Watkins s’apparente à un huis-clos. Dans son intrigue, nous sommes à la fois dans un tribunal et dans un territoire limité dans le désert. Ces deux espaces représentent la société américaine. Toute la société américaine est retranscrite dans ces deux espaces. Il y a ceux qui détiennent le pouvoir, et ceux qui le subissent. C’est le système social dans sa totalité qui ressort de ce film.

Mais surtout, ces deux espaces représentent un piège. Le huis-clos (aussi bien les territoires du film que la société) montrent que le citoyen est menacé par le pouvoir. En quelque sorte, celui qui a le pouvoir a tous les droits. Notamment de vie et de mort. En cela, le citoyen entre dans le système. Celui où il est conditionné à un cycle de soi-disant bonne conscience de la part de la démocratie. Peter Watkins nous dit que, soit on entre dans le système, soit on se fait brûler les ailes.

Le rêve n’est pas permis. La société n’est qu’une chose cruelle. Peter Watkins nous filme la pression infligée sur les accusés. Il nous filme le sacrifice d’êtres humains. Il nous filme l’élimination de la rivalité. Il nous filme le déclin du pouvoir. Il nous filme une course pour la vie. Avec un parti pris évident. Celui de prendre position pour les accusés. Avec ce film, Peter Watkins fait appel à notre moralité. Pour faire agir nos sensations. Ainsi, il dénonce l’abus de pouvoir.

Les sensations et l’abus viennent avec une approche très concrète. Peter Watkins porte ici un faux documentaire. Filmé comme tel, il veut être le plus près possible du réel. Pour cela, avec beaucoup de caméra à l’épaule, Peter Watkins se veut être avec les accusés. Le spectateur sera emmené en compagnie des personnages. En quelque sorte, le spectateur est directement intégré au film : car nous jouons le rôle des documentaristes européens.

Dans la réalité qu’il crée grâce au documentaire, le cinéaste britannique dessine une esthétique grisâtre. Toujours dans la nuance (entre les hommes de pouvoir et les accusés), Peter Watkins y apporte une frontalité sur les personnages. Avec ces deux éléments, le documentaire se tourne vers la fiction. Car le réalisateur montre deux types d’hommes. D’une part, il y a les pauvres accusés transformés en jouets. Et d’une autre part, il y a les hommes de pouvoir filmés comme des sauvages.

L’aspect primitif fait ressortir une noirceur très malsaine. En abusant de son pouvoir, l’homme court vers sa mort. Nous avons là plus qu’un film d’action, un drame ou un thriller. Ce faux documentaire est surtout un film post-apocalyptique. Une grande chasse à l’homme, où on sacrifie son voisin (ou son prochain) pour mieux se sauver soi-même. Effrayante et asphyxiante réalité sociale dans la démocratie.

5 / 5
À lire aussi ⬇️

Devenez contributeurs/rices. 👊

Rejoignez un magazine libre et respecté. Depuis 2004, Onlike recense pas moins de 46 contributeurs indépendants dans ses colonnes,

en savoir plus
NEXT ⬇️ show must go on