Juan, Sara et Samuel, 15 ans, fuient le Guatemala pour tenter de rejoindre les Etats-Unis. Au cours de leur traversée du Mexique, ils rencontrent Chauk, un indien tzotzil ne parlant pas espagnol et voyageant sans papiers. Les adolescents aspirent à un monde meilleur au-delà des frontières mexicaines mais très vite, ils vont devoir affronter une toute autre réalité.
Le réalisateur est lui-même un émigré. D’origine espagnole, il a quitté son pays pour partir aux Etats-Unis. Ca ne s’est pas très bien déroulé, alors il est parti vers le Mexique. On voit dans ce film, bien qu’assez cruel, un hommage à tous ces émigrés. Un film qui s’annonce alors très porté sur le social, avec un contexte politique en crise. Le film veut, dès le départ, que le spectateur cautionne cette idée d’émigration. Le réalisateur prendra donc le point de vue de ses personnages émigrés. Tout est vu par eux, ce sont eux qui font parler le film.
Le film fonctionne alors comme une démonstration de la réalité. La caméra est là pour que le grand écran devienne un miroir, où le spectateur est projeté dans le monde dans lequel il vit. La caméra miroir est là pour définir une vérité, celle où les frontières deviennent compliquées. Avec sa caméra miroir, Quemada-Diez devient aussitôt subjectif. Et l’hommage se transforme presque en pitié pour les personnages. Avec cette pitié, vue dans la proximité abordée avec la caméra, le réalisateur laissera le soin aux spectateurs d’imaginer le sort des personnages. C’est avec cette participation du spectateur que l’attachement se crée.
Un attachement car le film contient de la violence. Mais c’est une violence sans retenue, sans être non plus directe. Chaque violence est évoquée, préparée, mais terminée en hors-champ. La mise en scène du cinéaste permet de capturer la violence, pour ensuite capter ce moment de détresse, de peur et d’impuissance. Ces moments d’injustices et de rejets. C’est dans ces moments que le film est le plus intense. Dans le reste, le ton change.
De là, on s’aperçoit que l’ambiance n’est pas tant à la violence (plus de l’ordre du climax) ni à la tendresse (cachée par la violence, mais bien présente grâce au point de vue des émigrés). L’ambiance est plutôt à l’aventure. Car, entre chaque scène de violence, il y a cet émerveillement. Celui de l’espoir, le rêve d’une vie meilleure. Qui dit voyage, dit une sorte d’inititation. Car ce ne sont que des adolescents. Il y a alors une sorte de naïveté et d’innocence qui s’échappe des regards et attitudes des acteurs. Quemada-Diez s’en servira pour capturer le contraste entre rêve et réalité.
Là où le film peut évoquer Wild Boys of The Road de Wellman, c’est dans cette initiation que provoque cette aventure. Le film fonctionne d’abord par la sauvagerie de l’être humain. Mais surtout, quand l’espoir et l’union sont les solutions pour la survie. En filmant un groupe d’adolescents, le réalisateur parle de toute une communauté, qui vit dans la pauvreté. A partir de là, il y a une contradiction entre la forme et le fond. Autant le fond parle des émigrés rêveurs dans un monde cruel, autant la forme fonctionne par la beauté des paysages.
Quemada-Diez est surtout dans la contemplation. On croirait qu’il veut éviter d’être trop dénonciateur, et donc n’utilise pas de noirceur. Il nous montre alors un Mexique d’une grande beauté, des paysages marqués par les traces des personnages, des lieux symboliques, etc… Une réelle cartographie de la pauvreté, où le visuel est tout de même resplendissant. A aucun moment le réalisateur n’essaie de capturer l’essence de la pauvreté. Cette crise, cette cause du rêve d’un monde meilleur : tout cela n’est que mentionné,évoqué dans le film. C’est juste inculqué dans l’esprit du spectateur, pour laisser place à la violence et la tendresse.
Sauf que cela en vient à la linéarité du film. Malgré les climax liés aux sorts des personnages, la narration ne sera pas tellement progressive. On passe trop rapidement de la violence à la tendresse. On sent que le réalisateur veut être partout à la fois : dans la dénonciation discrète et dans l’hommage. Sauf qu’au montage, les ellipses sont trop longues. A cause de cela, le rythme s’essoufle vite. Et ce qui aurait pu définir une spirale dans le monde cruel, devient en fait une redondance agaçante.
3 / 5