Seule sur la plage la nuit

Il est effectivement possible de sortir en colère d’une projection. Sensation due à l’impression de savoir de quoi le film sera fait, avant même que celui-ci ne commence. Parce que Hong Sangsoo a ses motifs types. Et apparemment il tient à s’entêter, à s’enliser dans ces mêmes motifs, à ne pas chercher de nuance, à ne pas chercher à essayer autre chose. Des fois, c’est intéressant de ne pas avoir de scénario. Sauf que, d’autres fois, il faudrait vraiment en avoir un. Mais un scénario qui tienne la route, qui ait une vraie dynamique de narration. Car l’idée d’un chapitrage (pour uniquement deux parties) tout simplement à cause d’un changement de pays, c’est assez simpliste. Le film de Hong Sangsoo est encore plus minimaliste que LE JOUR D’APRES, qui était déjà un calvaire (oui, j’ai décidé d’utiliser des termes extrêmes, en opposition à la critique qui carresse le cinéaste dans le sens du poil à chaque film qu’il sort – on sait déjà très bien dans quel Top 10 ce film se retrouvera en Décembre prochain).

Le minimalisme du film tient en quatre motifs esthétiques que l’on voit dans chaque film de Hong Sangsoo : les plans fixes, les plans séquences qui se ressemblent tous et dont certains ne trouvent aucune justification, les zooms dégueulasses, les panoramiques parce que le cinéaste a la fainéantise de faire quelques découpages. Le minimalisme du film tient aussi en deux motifs de mise en scène, que l’on voit également dans chacun de ses films : les acteur-rice-s plantés comme des piquets qui discutent, ces mêmes personnes qui n’ont de proposition comportementale que la distance avec les autres. Le minimalisme du film tient également en deux motifs supplémentaires, récurrents dans l’oeuvre du cinéaste : les personnages qui adorent manger et boire (ces fameux repas qui ont toujours la même fonction : ils tournent au malaise), et d’avoir une musique qui revient sans cesse dans un même film (ce qui la rend insupportable et incohérente).

Fausse émotion de la jeune protagoniste, dont on ne sait pas bien d’où elle vient, ce qui rend sa « quête intime » très floue. Une sorte de conte sur un amour contrarié (tiens, comme chaque film du cinéaste) où ce sentiment est souvent vite effacé pour laisser place à des discussions vaines, à propos de sujets qui ne reviendront jamais dans le récit, où les personnages ne semblent pas vraiment y croire non plus. Certes, le deuil d’un amour terminé donne droit à quelques beaux plans. Mais ce ne sont pas une poignée de plans qui donne une dynamique. Quand on voit la jeune protagoniste s’agenouille avant de traverser un pont, c’est très beau. Mais quand on voit cette attitude soudainement prise dans un zoom, et que la suite n’est qu’une discussion tentaculaire en plan séquence assises sur un banc, ça perd toute beauté. Beaucoup trop de moments suspendus, qui en fait un spleen de détails sans liens concrets, sans recherche d’une poésie qui se ternit (comme dans le magnifique UN JOUR AVEC, UN JOUR SANS).

SEULE SUR LA PLAGE LA NUIT de Hong Sangsoo
Avec Min-hee Kim, Young-hwa Seo, Jae-yeong Jeong, Seong-kun Mun, Hae-hyo Kwon, Seon-mi Song, Jae-hong Ahn
Pays : Corée du Sud, Allemagne
Durée : 1h41
Sortie française : 10 Janvier 2018

1.5 / 5