Écrit et Réalisé par Guillaume Malandrin, Stéphane Malandrin. Avec Bouli Lanners, Wim Willaert, Lyes Salem, Serge Riaboukine, Jacky Lambert, Eddy Leduc, Marie-Renée André. Belgique. 96 minutes. Sortie française le 22 Juillet 2015.
Le film se présente comme un récit développé autour d’un noyau d’amis. Avec ce road trip, le long-métrage explore une sorte de quête amicale, où l’individualité se détache peu à peu du collectif. Démanteler l’unité pour en percer les secrets, les problèmes personnels : pour ainsi faire évoluer les personnages sans que cela ne dépende des autres. La quête amicale passe d’abord par une quête intime, d’où la séparation progressive des acteurs dans le découpage. Le film commence par de multiples plans à plusieurs, pour aller vers des plans en majorité en champ / contre-champ serrés.
Le découpage suit tout de même une idée formelle tout au long du film. Il n’est composé, en grande majorité, que de plans fixes. Cela permet au spectateur de savourer ce qui constitue les plans. Parce que la mise en scène est très accentuée, très détaillée, ainsi le découpage et le montage sont mis en retrait. Puis, dans cette quête amicale, il était nécessaire de porter toutes les situations à égalité. Même s’il y a séparation progressive des personnages dans les plans, il n’y a pas de variation de points de vues ou d’échelles. La retenue du découpage montre aussi son contrôle total par les cinéastes. Comme ce film est une comédie, le découpage et le montage restent très accessibles.
En effet, le long-métrage est une comédie. Mais ce n’est pas un humour qui stagne sur son propre degré. Parfois subtil, d’autres fois suggestif ou même direct, ce comique est en priorité dans la situation. Le texte n’essaie pas d’être drôle, et c’est davantage les attitudes (par la mise en scène) qui provoque l’humour, voire une certaine dérision à certains moments. Le plus intéressant dans cette comédie, c’est que le film alterne entre la modestie et le burlesque. Jamais de façon binaire, le ton humoristique varie selon l’état émotionnel des personnages. Ca peut aller du simple petit gag de quelques secondes, à une scène entière d’attitudes absurdes et/ou provocatrices. Le film est notamment très habile quand il arrive à marier le drame personnel à la dérision.
L’un des grands atouts de ce film, au-delà de sa comédie multi-faces, c’est l’ambiance très rock qui s’impose. Parce que les personnages sont des musiciens de rock’n’roll, que leurs attitudes vont s’en faire ressentir. Il y a un rythme très nerveux et très saccadé dans leurs comportements. Cela donne une ambiance très dynamique, qui use beaucoup d’énergie (aussi bien émotionnellement que dans la comédie burlesque). Et surtout, il faut mentionner les visages des personnages. Les deux cinéastes ont choisi des acteurs qui ont des gueules particulières. Ces cheveux longs, ces barbes bien touffues et ce phrasé unique (selon les acteurs) : les personnages sont des gueules avant tout. De grandes figures pour un film mélangeant le drame personnel avec la comédie. Bouli Lanners n’est plus à présenter, quand Serge Riaboukine n’est pas assez présent sur le grand écran chaque année, et que Wim Willaert décolle enfin dans sa carrière.
4 / 5