Qu’est-il arrivé à Ben Harper ? Que reste-t-il du glorieux Burn to Shine ou de l’apogée du Live from Mars ? Pas grand-chose en réalité. Both Sides of the Gun confirme une impression déjà pressentie sur le « post-live » Diamonds on the Inside et ses successeurs : Ben Harper n’est plus que le fantôme de lui-même, ses chansons ne sont que les spectres de titres brillants et engagés contenus sur Welcome To The Cruel World ou Fight For Your Mind .
Il faut voir le personnage d’aujourd’hui pour comprendre : il a un humour qui ne fait rire personne et un visage qui a perdu toute activité faciale, sauf pour sortir des expressions (dans ses clips ou en concert) où l’on jurerait qu’il souffre atrocement.
Déjà, Diamonds on the Inside reste un peu dans les mémoires pour avoir été l’un des albums pionniers du dispositif anti-copie « Copy controlled », annoncé à l’époque comme induplicable alors qu’un vulgaire CloneCD en faisait son affaire. Mais c’était également le début des premières protestations pour cause de CD illisible dans certaines chaînes hi-fi et autoradios. Bien loin des préoccupations du sieur Harper donc, mais aujourd’hui bien proche des considérations des amateurs de musique, et donc d’une partie de son public.
On l’a ensuite retrouvé avec sa troupe de chanteurs gospels aveugles, sur There Will Be a Light , un album qui n’est pas prêt de marquer les esprits. Et puis vous rajoutez par-ci par-là autant de petites galettes commerciales remplies d’inepties live et acoustiques comme So High So Low (uniquement destiné au marché japonais, six titres), Live at the Hollywood Bowl (encore plus fort, quatre titres seulement, marché américain), plus proche de nous le Live at the Apollo avec ses copains Blind Boys of Alabama, sans oublier la réédition inattendue de Diamonds on the Inside (inclus 1 titre bonus ! youhouh !).
Personnellement donc, je me demandais ce qu’allait bien pouvoir inventer Ben Harper sur sa prochaine galette pour se rendre plus crédible à mes yeux (et surtout à mes oreilles), et c’est avec curiosité et appréhension que j’attendais ce Both Sides of the Gun annoncé comme un double album, ni plus ni moins, avec une ambiance différente sur chaque disque. Le retour du Jedi que j’avais tant aimé à une époque ?
Et bien non, c’est la déception qui domine à la découverte de cet album, parce qu’encore une fois il y a de la tromperie sur la marchandise dans l’air. Certes, on trouve bien deux CD, mais honteusement garnis, n’atteignant pas la moitié de la capacité physique du disque. Ainsi la première partie est constituée de neuf morceaux pour 31 minutes, tandis que la seconde, également en neuf morceaux, totalise 33 minutes grâce à un poussif Serve Your Soul final d’une durée de 8’22″. Cela nous donne au total des deux disques seulement 1h04 de musique, 64 minutes, largement de quoi tenir sur une seule galette (de couleur grise donc, puisqu’il y a un disque blanc et un disque noir).
Alors on va nous ressortir l’explication comme quoi les deux ambiances sont tellement différentes qu’elles ne devaient pas cohabiter ensemble. Que nenni, du Ben Harper reste du Ben Harper. Quand le Live from Mars fait 2 CD parce que 2 ambiances (acoustique et électrique), c’est aussi parce que le concert est bien rempli. A titre de comparaison si le dernier album de Coldplay avait été commercialisé sur deux disques simplement parce qu’il contient une partie « X » et une partie « Y », on aurait crié au scandale. Ici, c’est bien le cas, il y a de quoi crier…
Car il faudra se justifier. Si effectivement les sonorités des deux parties sont différentes, c’est principalement parce que le tempo de certaines chansons est plus élevé que d’autres. Mais en vérité, rien n’aurait été choquant à glisser Picture in a Frame dans le second CD, et inversement Better Way ou Gather ‘Round the Stone sur le premier.
Sur le fond, encore une fois c’est une déception et je ne ferai que reprendre ce que je disais au début : ses chansons ne sont que les spectres de titres brillants et engagés contenus sur Welcome To The Cruel World ou Fight for Your Mind . Mais mon plus grand dépit est de ne toujours pas avoir de réponse à ma principale question : qu’est-il arrivé à Ben Harper ?