La légende raconte que l’on a retrouvé des premières démos de l’album Hexadic à Guantanamo, quand le tristement célèbre centre de détention expérimentait toutes les formes de torture disponibles. Il faut dire que la 28e ou 29e production de Ben Chasny, aka Six Organs of Admittance, est plus qu’une épreuve. Un monument, un modèle de non-musique. Brouillon, déstructuré, vidé de toute substance mélodique, rythmique, et probablement interprété par la famille Bélier au grand complet, le résultat est insupportable.
Au début, avec The Ram, on a simplement l’impression d’assister aux balances. Ça tape n’importe quand sur la batterie, ça gratte une note de guitare de manière aléatoire. On attend. On est perplexe. On redouble d’attention pendant 3 minutes en saluant ce qui est une introduction osée, en fait.
Sauf que ce n’est pas une introduction. Ce sont les portes de l’enfer auditif qui s’ouvrent devant nos oreilles, assénant les notes comme des coups de rasoir, poignardant sans relâche l’auditeur pendant 9 titres et 38 minutes qui en paraissent 666. A plusieurs reprises, on implore la pitié, on souhaite voir ses souffrances abrégées, mais on ne lâche rien, guettant la moindre seconde de musique un tant soit peu élaborée. Mais rien. Rien ne vient nous sauver de ce chaos total où Six Organs of Admittance semble plutôt vouloir l’arrêt progressif de tous nos organes vitaux.
Si le virus Ebola mutait encore et encore jusqu’à atteindre sa souche fatale définitive, il finirait probablement en Hexadic. Eradiquant là l’humanité, ironiquement par l’une des plus belles choses qu’elle a créé : la Musique.
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