Ty Segall est un travailleur acharné : en 6 ans de carrière, il a sorti pas moins de 14 albums (dont 8 en solo), quelques centaines de morceaux, enchainant dans un rythme effréné studio et tournées. Il revient ce mois ci avec Manipulator (double album qui plus est), quelques mois seulement après Sleepers. Face au nombre vertigineux de ses sorties et surtout à la rapidité de production de celles-ci, il serait légitime de se demander si il n’a pas choisi de privilégier la quantité à la qualité.
Alors oui, rien ne sonne plus comme un album de Ty Segall qu’un autre album de Ty Segall, et on retrouve ici ce qui a caractérisé ses opus précédents : sur 17 morceaux, aucun ne dépasse les 4 minutes, les mélodies et les rythmes sont simples, et parsemés de solos de guitare un peu crados aux accents psychédéliques (comme sur The Feels par exemple). Mais on peut accorder à celui-ci son aboutissement, ainsi que la qualité des influences que le californien glisse dans ses morceaux garage. On y retrouve même des accents jusqu’alors pas ou peu visibles dans sa discographie. Soutenu par des violons, The Clock, se rapproche par exemple de la frontière pop. Évidemment, ne vous attendez pas à des envolées lyriques et à une révolution dans la structure de ses chansons, mais il est tout de même agréable de noter sa capacité d’évolution . Et si tous les morceaux ne sont pas d’un intérêt équivalent, il est important d’en souligner certains, qui rappellent la capacité du producteur à sortir de vraies pépites : on pense par exemple au lancinant The Singer, ou à l’imparable It’s over.
Manipulator ne réinvente pas son genre, il ne sera sans doute pas l’album de l’année, ni même celui du mois, mais il est toujours plaisant de retrouver le producteur californien, et en aussi bonne forme de surcroît.
3 / 5