La cérémonie d’ouverture du PIFFF ce mardi 18 novembre, comme toutes les ouvertures de festivals, c’est un mélange de remerciements à n’en plus finir, et d’excitation difficile à contenir. Excitation, car on attend fébrilement ce film d’ouverture, qui donnera le « La », et marquera le coup d’envoi d’une flopée de découvertes, qui, on l’espère, nous laissera exsangue en fin de festival. Le film d’ouverture est souvent craint, car porteur d’une sorte de promesse, pour un PIFFF qu’on attend fébrilement depuis un an.
Quel bonheur de nous asséner dans la tronche un film de Takashi Miike (découvert chez nous avec le perturbant Audition (1999), puis avec la démentielle trilogie Dead or Alive (1999 ; 2000 ; 2002)), The Mole Song : Undercover Agent Reiji, adaptation du manga Mogura no Uta de Noboru Takahashi, qui remplit toute ses promesses dès le plan d’ouverture : Un type (Reiji Kikukawa, interprété par l’élastique Tôma Ikuta), attaché au capot d’une bagnole lancée à pleine vitesse, nu comme un ver, et hurlant à la mort. On est en terrain connu, c’est bien du Miike pur jus. Et ça ne fait que commencer.
Reiji est un flic incompétent. Vicelard, pervers, maladroit, incapable de faire son boulot, reçu à l’école de police avec les notes les plus faibles, bref, un flic qui mérite la porte. Viré par son chef dans les premières minutes du film, ce dernier lui propose de devenir agent infiltré, au sein du gang de yakuzas le plus dangereux du Japon : le gang Sukiyakai. Sa mission, éliminer le numéro 4 du gang, le puissant Shuho Todoroki (Koichi Iwaki). Et démanteler un trafic de drogue qui pourrit le Japon. Reiji, prenant sa mission très à cœur, est prêt à tous les sacrifices pour arriver à ses fins.
Le film de Miike est une succession de scénettes toutes plus folles les unes que les autres. Un apprentissage du boulot de taupe en chansons, une cérémonie de filiation totalement improbable, la scène de sexe la plus gênante et hilarante de l’année, des bastons dantesques aux portes du slapstick, et des personnages hauts en couleurs, tous plus tarés les uns que les autres.
Miike s’entoure d’un casting de vraies gueules, certains ayant déjà participé à ses films précédents. Notamment l’excellent Shin’ichi Tsutsumi (le génialissime Why Don’t You Play in Hell de Sono Sion (2013)), incarnant Papillon, le frère de sang de Reiji, le fou furieux Takashi Okamura, interprétant Nekozawa, yakuza ennemi complètement allumé, qui conclut chacune de ses phrases par un miaulement, ou encore le surtatoué Kenta Kurokawa (joué par Yusuke Kamiji ; Crows Zero 1 et 2 (2007 et 2009)).
Le créateur de Zebraman nous fait partager sa folie créatrice, qui peut exploser à tout moment, notamment lors d’un final gentiment taré (mais toujours plus sage que les dix dernières minutes du fabuleux Dead or Alive). Mais il semble s’assagir, et nous propose une œuvre qui a (presque) les deux pieds sur terre. Heureusement, quelques envolées psychédéliques viennent parfois nous rappeler que c’est bien le réalisateur fou de Ichi the killer qui est derrière la caméra. Utilisation de photomontages animés pour certains flashbacks, vignettes s’ouvrant dans un coin du plan, un personnage presque crevé revenant en pleine forme pour la dernière grosse baston…
Miike n’a aucune limite, trouve un rythme qui laisse peu de temps morts, et nous offre un délire visuel qui ravit les zygomatiques. Miike est fou, et même si Sono Sion lui ravit la palme de réalisateur nippon le plus taré de notre époque, il prouve avec The Mole Song : Undercover Agent Reiji qu’il est toujours dans une forme olympique.
Vivement la suite de la programmation du PIFFF, car ça commence très fort !
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