Il n’est pas anodin que le film commence sur Nora, allongée près des quais du port, qui va vers une grande maison esseulée dont la vue donne sur la mer et son horizon. Elle sort de prison, mais ce n’est pas montré, ce n’est pas dans le scénario. Simplement suggéré, pour introduire le personnage. L’objectif est déjà dans les premiers plans : Nora se dirige vers la maison esseulée, réussit à y entrer, et rencontre enfin Léa qu’elle admire. En introduisant Nora après sa sortie de prison, en introduisant Léa dans sa maison presque vide, le tout isolé de toute vie sociale, SAUVAGES entre déjà dans le cœur de ses thématiques : la liberté. Parce que le film de Dennis Berry est surtout basé sur la liberté et sur l’amour. Le cinéaste a notamment choisi de placer la grande majorité à l’intérieur de la grande demeure. Bien qu’elle se rétrécit en terme de pièces explorées (l’exploration spatiale aurait pu être à l’image des protagonistes : un flottement très vaste), la demeure est vue avec plusieurs pièces discrètes et petites qui sont la projection des diverses émotions (amour, colère, jalousie, sexualité).
Mais il n’y a pas que les pièces discrètes qui jouent sur le comportement des personnages. Même si les quinze premières minutes sont très (trop) théâtralisées, les performances sont très justes et très sensibles par la suite. Ainsi, les couloirs étroits et les escaliers interminables sont autant d’espaces qui construisent et déconstruisent les chemins sentimentaux des personnages. Il faut ajouter à cela les quelques incursions à l’extérieur. Elles ne sont pas nombreuses, mais elles permettent à chaque fois de chasser un mal-être / un sentiment de dégoût, etc. Des rues qui permettent de chasser les démons, et un intérieur qui serait le sanctuaire d’un désir de liberté. Dennis Berry crée une rupture poétique face aux troubles intimes de ses personnages. C’est là que les interprétations de Nadia Tereszkiewicz, Catarina Wallenstein et João Nunes Monteiro sont très justes : elles et il arrivent à saisir la sensualité (amour et liberté) tout en étant troublés par leurs démons personnels qui les hantent constamment. Ils vont et viennent entre les pièces, se regardent longuement, les corps se rapprochent et les paroles sont poétiques, dans un espace qui les extraient partiellement d’un monde qu’ils essaient d’éviter.
La caméra leur donne cet espoir de liberté et d’amour, en les associant dans le même plan, ou en faisant converger un champ et un contre-champ vers un même point de regard. SAUVAGES va chercher les visages et les regards avant tout. Par les gros plans et avec beaucoup de lumière, Dennis Berry fait ressortie la poésie de leurs émotions et sentiments, tout en cherchant leur vérité interne. Celle qui leur permettrait de chasser leurs démons et accueillir la beauté d’être ensemble et d’être libre. Grâce également à une musique très référencée folk, SAUVAGES nous invite au voyage. Alors que la caméra se balade dans les pièces et les couloirs de la demeure, l’ambiance se balade entre l’étrange / le fantasque et les fantasmes. Entre lumière et coins sombres, la caméra capte des espaces au cœur d’une dynamique folle en quête de la Beauté. L’amour et la liberté ne sont donc pas des éléments concrets, mais des rêves qui essaient d’être atteints en passant par la folie, le relâchement, la vitalité, la sensualité, etc. Dennis Berry capte l’instantané par la caméra à l’épaule, et la contemplation par la caméra fixe en plan-séquence. SAUVAGES est tout cela à la fois : chaleureux, libre, cruel, fantasque et étrange. Un mélange qui tarde trop à s’installer, pas toujours très certain dans ses touches fantasques, mais qui a la sincérité et la conviction d’explorer l’amour et l’indépendance.
SAUVAGES
Écrit et Réalisé par Dennis Berry
Avec Nadia Tereszkiewicz, Catarina Wallenstein, João Nunes Monteiro, Hugo Fernandes
France, Portugal
1h32
20 Mars 2019