Cachés sous l’acronyme FIDLAR se trouvent 4 californiens au talent monstrueux. Le brillant groupe de punk/skate/rock, aussi énervé qu’inspiré, était l’un de ceux que l’on avait le plus envie de voir en live. Ce fut chose faite au mois d’août dernier. Après avoir sillonné à peu près tous les continents pour défendre leurs deux albums (l’homonyme FIDLAR et Too, sorti l’an passé), le groupe était de passage sur la scène des remparts de la Route du Rock. Quelques heures avant leur live, nous avons eu la chance de les rencontrer et de discuter de la pression du second album, de l’état de la pop au XXIème siècle et d’alcool bas de gamme.
Bonsoir ! Vous allez défendre ce soir sur scène votre deuxième album, « Too ». L’écriture a-t-elle été différente pour celui-ci ?
Zac : Pas vraiment, on s’est juste lancé et on l’a fait. C’est quelque chose qui grandit, une sorte de progression, de changement.
Vous l’avez écrit en pensant au live?
Zac : (En riant) À vrai dire, c’est la dernière chose à laquelle on pense. En live, on joue batterie, guitare, guitare et basse, c’est notre limite. Mais en studio, il y a un piano, des synthés et plein d’autres trucs, donc on veut tout essayer.
Vous ne voulez pas vous imposer de limites par rapport à votre formation live, donc.
Zac : Non, mais certains groupes le font … C’est pas grave hein! Certains groupes font ça et réussissent à rendre intéressante leur musique juste avec les instruments de leur formation live. Mais pas nous. On aime bien aller en studio en se disant « The sky is the limit ».
Vous venez de LA, qui est un vivier à groupes punk rock. Avez-vous commencé dans votre coin, ou au contact d’autres groupes ?
Elvis : On a beaucoup joué à LA avec des groupes comme Together Pangea, qui sont sur Burger Record. Il y a beaucoup de groupe de rock, mais on a jamais vraiment fait partie de cette scène, la scène « Burger Records ». Même si au final on a terminé par jouer dans ces festivals. Il y a beaucoup de bons groupes.
Zac : Quand on a commencé, il n’y avait pas tant que ça de groupe rock, mais plus le temps passe, plus la scène devient rock. On jouait tout le temps avec The Shrine, ils étaient plus dans un délire shredding avec des solos genres tudududutudududutudutu … Il y a des groupes qui sont encore là, par exemple Elvis et moi on allait voir The Oh Sees à LA quand il y avait pas plus de 5 ou 10 personnes dans le public. Depuis, ils ont énormément grandi. Donc il y a une scène rock, mais qui était vraiment petite quand on a commencé, surtout à Los Angeles.
Vous tournez beaucoup, et vous n’avez que 2 albums. Est-ce que vous vous sentez plus à l’aise sur scène qu’en studio? Ou vous avez besoin des deux pour être complets ?
Zac : C’est un mélange entre les deux. C’est bien d’avoir cet équilibre et d’avoir du temps pour travailler sur nos projets tout en jouant et en faisant des tournées.
Vous séparez ces deux moments, ou vous écrivez pendant que vous êtes en tournée ?
Elvis : C’est un peu schizo. On prépare un album puis on part en tournée. Celui-ci, on va le jouer jusqu’à novembre par exemple. Donc on écrit pendant ce temps, je note toujours les idées qui me passent par la tête.
Zac : C’est pas facile
Elvis : On doit être capable de composer n’importe où. On essaie de toujours trouver des idées, même si ce ne sont pas des chansons entières. Moi par exemple, j’ai juste des ébauches de morceaux généralement.

Photo : Jean Sylvain Le Gouic
Quand vous composez en tournée, vous enregistrez tout ?
Brandon : Ouais, ouais
Zac : Mais en même temps, il faut qu’on ait une vie. Tu dois trouver le temps pour ta copine, pour traîner avec tes potes … Il y a beaucoup de choses à équilibrer. Et puis tu dois prendre soin de toi.
Brandon : Je pense qu’on commence à comprendre comment gérer ça. On vient de tourner non-stop pendant 3 ans, on doit faire un nouvel album et on se dit : « mais on sait pas comment faire ». C’est un peu comme écrire notre premier « vrai » album. Parce que pour le premier, comme tout le monde le dit, « Tu peux prendre tout le temps que tu veux pour l’écrire ». Mais une fois qu’il est sorti, tu commences à enchaîner les concerts et tu te demandes alors : «Mais comment est-on supposé écrire alors qu’on est sur la route ?». C’est compliqué de tout gérer de front tout en restant quelqu’un de normal.
Zac : Et puis il y a le manager …
Brandon : (En rigolant) ouais, tout le monde en veut toujours plus.
Zac : Mais c’est une bonne chose !
Brandon : C’est une bonne chose, il y a pire comme problème. C’est une bonne chose d’être attendu …
Zac : Notre manager nous dit « Bon, la bonne nouvelle, c’est que tout le monde veut vous faire venir dans leur pays pour jouer. La mauvaise nouvelle, c’est que vous devez y aller, et que vous partez pour deux ans ». On se plaint, mais bon…
Brandon : Il faut bien se plaindre de quelque chose. D’un autre côté, là on est en France pour faire un concert, et on était en Norvège la nuit dernière où on n’avait jamais encore été, à jouer devant des jeunes qui connaissent nos paroles par coeur et qui s’étaient même fait leurs propres t-shirts. C’était incroyable putain !
En parlant d’enregistrement, j’ai lu que vous aviez votre propre studio…
Zac : C’était le cas, on avait notre propre studio … C’était un genre vrai studio, mais on s’est fait virer.
Brandon : En gros, on vivait dans le studio, mais c’était un plan bizarre. On louait à un gars qui le louait à gars, qui le louait lui-même à une autre gars …
Elvis : On a vécu dedans pendant 5 ans
Donc vous n’avez pas enregistré « Too » là-bas ?
Elvis : Non, non on l’a enregistré dans un vrai studio
Je me demandais si vous l’aviez enregistré juste tous les 4 ou si d’autres personnes étaient impliqués dans sa création.
Zac : On a deux producteurs. Pour le premier album il y’a eu beaucoup de personnes à apparaître dessus. On vivait dans notre studio, on avait des colocataires et on faisait des soirées pendant lesquelles on enregistrait des choeurs à plusieurs, du piano et d’autres trucs. Le second album a été fait en studio donc on était juste tous les 4, mais on ne s’est pas vraiment fixé de règles. On s’est dit : « Pas de limites, on enregistre ce qu’on veut ». Donc peut être que le 3ème album sera fait à nouveau dans un endroit où nos potes pourront venir traîner.
Elvis : Sur le 3ème album, aucun de nous ne jouera, uniquement d’autres personnes !
Zac : (en riant) Ce serait mortel : Jonah Hill qui jouerait TOUT
En deux ans de live à jouer les mêmes albums, est-ce que vous avez changé votre set-list, ou changé les chansons elles-mêmes ?
Brandon : C’est cool d’avoir des nouvelles chansons à jouer. Tu vois, tu fais un album et quand tu l’enregistres, tu ne penses pas vraiment à la façon dont tu vas le jouer en live donc on se dit : « Oh merde, comment est-ce qu’on va réussir à jouer celle là en live? ». Donc on essaie de trouver un moyen de le faire et c’est assez marrant, du style « Bon, il y a 20 guitares sur cette chanson, comment faire pour la jouer en en ayant seulement 2? »
Zach : Du coup on change les chansons, les transitions, des trucs comme ça. C’est toujours marrant d’essayer des trucs. Parce qu’on veut que le live sonne comme l’album, mais c’est presque impossible. On doit donc trouver comment rendre ça intéressant en live. Et puis, une fois qu’on connaît finalement les morceaux ça fait déjà deux ans qu’on tourne et on doit en écrire de nouveaux.
Derrière votre style qu’on peut définir comme Punk Rock, il y a une tonne d’influences. Par exemple, le break dans 40oz On Repeat me fait penser aux Beatles. Il y a toujours un côté pop. Est-ce que vous pouvez me parler de vos influences, celles qui n’iraient pas avec votre coté Punk Rock de prime abord, mais qui finalement définissent votre musique ?
Zac : Je pense qu’en général, tous les 4, on écoute tous les styles de musique. On écoute pas juste du punk rock, en se disant « Allez, soyons un groupe de Punk Rock ». J’aime la musique qui fait du bien, j’aime la pop, j’aime la musique entraînante, parce que ça fait se sentir bien. Donc l’idée, c’est de prendre ces influences et de les utiliser à notre façon. J’ai l’impression que la musique pop, aujourd’hui, c’est juste une formule. Les gens ont trouvé la formule pour faire de la pop, et on essaie de la reprendre, de la casser et d’en faire notre propre version.
Brandon : C’est ennuyeux d’écouter qu’un seul type de musique. C’est plus drôle de s’amuser avec plusieurs styles.
Zac : Quand on étais gamins, et surtout aux États Unis, les radios de rock alternatif étaient les plus importantes, et ils passaient des groupes genre Green Day, ou des truc comme ça, peut importe : c’était des groupes pop mais qui restaient punk d’une certaine façon. Ils avaient ce côté alternatif. J’ai l’impression qu’il y a moins de ça maintenant, c’est juste de la pop … Je sais pas ce qui est à la mode maintenant … De la pop du 21ème siècle ?
Brandon : … De l’Indie Synth Pop, quoi que ça veuille dire.
En parlant de cette nuance dans vos influences, vous avez fait de nombreuses reprises, notamment de une de Sheryl Crowe (qui est brillante) ou encore d’ Elliott Smith. Comment choisissez-vous les morceaux que vous voulez reprendre ?
Brandon : Comme on le disait, on écoute de toutes sortes de musique, et on trouve que c’est marrant de jouer les chansons des autres. J’ai le sentiment que c’est une bonne chose d’essayer de mettre notre touche dans des morceaux d’autres personnes. C’est un bon exercice. On s’est dit par exemple « Comment peut-on jouer cette chanson de Sheryl Crow en mode FIDLAR? »
Zac : Le dernier truc dont tu as envie quand tu rentres entre deux tournées c’est d’écrire des nouveaux morceaux. Donc on fait une reprise à notre manière et ça rend les choses beaucoup plus simples. On adore produire. Quand tu enregistres et que tu te dis « tiens et si on essayait ça » , c’est la partie la plus marrante de notre boulot. Ces reprises c’est comme s’entraîner d’une certaine façon.
Dans les paroles de Sober, un morceau de votre second album, vous chantez : “ I figured out when I got sober that life just sucks when you get older” (J’ai réalise quand j’étais sobre que la vie craint quand on vieillit) Est-ce que vous avez l’impression qu’un jour vous perdrez cette étincelle de folie qui fait votre musique ?
Zac: Oh, j’en doute ! (En riant) Je doute qu’un jour on perde ce grain de folie, on ne manque pas de folie dans le groupe. Je peux m’imaginer hurler comme je le fais jusqu’à mes 50 ans honnêtement, il faut qu’on voit jusqu’où ça nous mène quand on sera obligé de jouer assis …
Brandon : Il y aura toujours de la folie, mais ce serait sans doute d’une façon complètement différente.
Je m’excuse d’avance pour cette question que vous avez déjà du entendre un million de fois, mais maintenant que vous êtes célèbres, est-ce que vous aimez toujours boire des « cheap beers » (NDLR : titre de l’un de leurs single), ou vous êtes passé au champagne ?
Brandon : Oh, les deux ! Champagne et bières. En fait, on boit tout ce que le festival nous propose.
Zac : Maintenant, on boit des « free beers ».

Photo : Jean Sylvain Le Gouic