Jack DeJohnette Trio – MCA Amiens 2015

Que faut-il retenir de ce concert ? La présence fortement marquée de Jack DeJohnette, l’alliage parfait avec les deux autres musiciens, la redondance des sons ou le soupçon de faux jazz ? Le mieux est de développer chaque idée, et de voir ce qui restera le plus marquant de cette soirée quelque peu décevante mais en rien mauvaise.

Comme tous leurs concerts, le Jack DeJohnette Trio débute par des « essais » avec les instruments : des tests qui durent un bon quinze minutes et qui laissent parler les différents instruments chacun leur tour. Ceci montre la maîtrise et la diversité des notes qui vont venir dans les musiques qui vont suivre. Mais voilà, ce commencement est vite oublié quand Jack DeJohnette prend rapidement la vedette. Placé au milieu de la scène, sa batterie prend toute la place, les deux autres musiciens étant relégués dans un espace étroit entre des instruments. Jack DeJohnette fera même deux solos de batterie et un solo de piano. Le roi de la fête, c’était lui.

Même si ses deux compères concordaient parfaitement avec lui. Le bassiste Matt Garrison utilise son instrument comme une partie de lui-même : discret, parfois en retrait et dans une tranquillité sereine. C’est parce que la batterie s’énerve parfois le temps de plusieurs secondes, que la basse pourra dynamiser son tempo. Sinon, le bassiste se calera toujours sur les préludes apportées par la batterie. De l’autre côté, les instruments de base du jazz : le saxophone et des trompettes. Il s’agit du même musicien qui en joue. Sauf qu’ici, ces instruments à bois sont plus souvent utilisés en marge qu’en adéquation des autres instruments. Alors que la batterie et la basse forment un duo sans faille, Ravi Coltrane se fait plaisir. Quelques fois dans la retenue, il sait surtout déjanter et lancer la prochaine note qui embarquera un son dans un nouveau rythme.

Cela malgré un catalogue de musiques bien trop pauvre. Lors du concert, il était devenu lassant de compter le nombre de spectateurs quittant la salle en pleine performance. Si bien que le gardien de la structure a failli rallumer les lumières de la salle en plein concert, parce que plusieurs personnes sont sortis en même temps. Bref, tout ceci pour montrer la redondance évidente entre tous les morceaux joués par le Jack DeJohnette Trio. Les notes n’ont pas beaucoup changés et les sons mêmes étaient bien trop longs. Telle une auto-satisfaction d’un dynamisme qui se reposait sur ses acquis. Hypnotisant d’une mauvaise manière le spectateur.

Enfin, il est nécessaire de s’interroger sur ce qu’on peut appeler du jazz. Le terme est tellement devenu large aujourd’hui, qu’il pourrait en paraître maintenant comme un fourre-tout d’idées et d’hommages à l’utilisation spécifique d’instruments. Le contrôle et la douceur de la batterie et de la basse ne font pas forcément du jazz. La présence d’un saxophone et de trompettes ne suffisent pas à se revendiquer du jazz. A quelques passages, il est possible de se croire en plein blues. Cependant, il y a un réel plaisir à utiliser les notes bleues à outrance (la vraie jouissance pendant le concert au sein d’un manque de polyrythmie). Et malgré tout, il y a comme un vibrant hommage aux brass bands en marquant bien l’interaction entre les musiciens et l’expression personnelle qui s’ouvre à davantage de possibilités (même si non abouties).

Vous pouvez voir un extrait d’un concert ici

3 / 5